Ce livre, je l’ai découvert en formation Carré Magique Systémique, avec Christophe Keromen et Marc Brunet, au mois de juin.
Avec Florian Lemaresquier, on avait préparé un exposé sur le sujet de la communication, et lors de mes recherches, j’étais tombée sur les axiomes de la communication.
C’est là que j’ai découvert le livre.
Je l’ai acheté en sachant que je ne le lirais pas pendant la formation, simplement un peu plus tard dans l’année.
Mon exposé avait laissé des réflexions en suspens, et le besoin de lire le livre pour peut-être aller un peu plus loin s’est fait sentir début octobre.
J’ai adoré ce livre, car au fil des pages, j’y ai retrouvé ce que je vis en coaching, dans les dynamiques d’équipe, et ce que je vis à la maison, avec mon fils en pleine pré-adolescence.
J’y ai retrouvé des patterns, des changements dans la relation à l’autre.
Ces changements de posture qui influent sur la relation, ces disputes qui en disent long sur le lien…
Et, au fil de ma lecture, tout cela prenait enfin sens.
Le cadre de référence : comprendre l’univers de l’autre
On pense tellement à tort qu’on comprend l’autre.
« Je sais ce que tu vis », « je sais ce que tu penses »…
Sauf que non : tu n’es pas dans ma tête.
Tu ne t’es pas construit avec les mêmes blessures, les mêmes croyances.
Tu n’es pas moi.
Pour comprendre l’autre, il est essentiel de comprendre son cadre de référence, son contexte.
On ne réagit jamais de la même façon à une même situation, dans un autre contexte.
Un manager qui micromanage ne le fait pas toujours pour contrôler, mais parfois pour se rassurer.
Un parent qui élève la voix pense : « je mets une limite », et l’adolescent entend : « tu ne me comprends pas ».
Deux réalités, un même moment.
Et souvent, une incompréhension qui naît simplement du fait qu’on ne regarde pas à travers les yeux de l’autre.
Faire un pas dans la compréhension du monde de l’autre est parfois difficile.
On est humain, on est imparfait.
Et c’est souvent là, dans cet effort, que la relation commence vraiment.
La danse des interactions
Quand j’ai fait mon exposé avec Florian Lemaresquier, mes recherches m’ont menée vers les axiomes de la communication, et les siennes vers la circularité , cette idée d’une danse à deux, finalement.
Car même si A et B prétendent toujours ne faire que réagir à l’autre, la réalité est bien différente : c’est une danse, où chacun influence et est influencé en permanence.
Un ami m’avait dit, quand j’ai commencé ma formation de coaching, que cela allait me faire bouger… mais pas seule.
Que mon conjoint bougerait aussi, car notre relation est comme un élastique : si l’un avance, l’autre est forcément tiré vers un nouvel équilibre.
Je le vois aussi dans mes accompagnements.
Quand une personne bouge, le système entier bouge.
Un leader qui apprend à écouter autrement, et c’est toute l’équipe qui respire différemment.
Les cinq axiomes de la communication humaine
La découverte des cinq axiomes de la communication a été pour moi comme la découverte de clés de lecture du vivant.
Axiome 1 : “On ne peut pas ne pas communiquer”
Même le silence parle.
Notre comportement est aussi un moyen de communication.
Mon mari m’a récemment dit qu’avec notre fille Chloé, ils avaient eu une discussion sans qu’un mot ne soit prononcé.
Juste avec le regard.
Parce que le corps parle aussi, qu’on le veuille ou non.
Et de ce fait, on communique en permanence, qu’on le souhaite ou pas.
On influence les autres sans nos paroles, et eux ne peuvent pas, en retour, ne pas réagir à nos communications.
L’absence est aussi une forme de message.
Dans une entreprise, une décision non prise, un mail resté sans réponse, une réunion annulée… tout communique quelque chose.
Parfois, ce qu’on ne dit pas finit simplement par se ressentir.
Dans le silence, chacun entend quelque chose de différent.
Axiome 2 : Chaque communication a deux niveaux, le contenu et la relation
Derrière les mots, il y a toujours une relation qui s’exprime.
Communiquer, ce n’est pas seulement transmettre une information : c’est aussi parler de notre lien à l’autre.
Ce point m’a particulièrement fait réfléchir récemment, notamment avec l’IA générative.
Finalement, quand on communique avec elle, il y a bien une forme de relation.
Et je me suis demandé ce que cela disait de notre manière d’entrer en relation : avec la machine, mais aussi par effet miroir avec les autres humains.
Un très bel article a d’ailleurs été écrit par Christophe Keromen, suite à une discussion que nous avions eue à ce sujet.
Je ne m’étendrai pas ici, mais je vous invite à aller le lire : https://ckti.com/2025/10/22/les-fantomes-numeriques-que-nous-creons/
Watzlawick nous invite à regarder, dans chaque communication, ce qu’elle dit de la relation entre les individus.
Dans la sphère professionnelle, par exemple : un manager dit à son collaborateur « tu pourrais me tenir informé plus souvent ? ».
Le message de contenu semble simple, une demande d’information, mais derrière, le message de relation peut être entendu tout autrement : « Je ne te fais pas confiance » ou « je ne me sens pas inclus ».
Et selon la lecture que chacun en fait, la relation se renforce… ou se fragilise.
Dans la sphère personnelle, c’est la même chose.
Le parent parle encore à son enfant comme à un petit, alors que l’adolescent souhaite une relation d’égal à égal.
Une relation qui bouge, qui se tend parfois, avec ce débat incessant sur la nature du lien plus que sur le contenu de la conversation.
Et je m’y prépare doucement, avec mon fils de 11 ans.
Je le vois déjà bouger, évoluer, m’obliger à bouger moi aussi.
Sensation inconfortable, mélange de tristesse, celle de ne plus avoir ce petit garçon qui dépend de nous et de fierté de le voir grandir, s’affirmer, devenir autonome.
Dans ces moments, chacun communique sur sa propre définition de la relation… et, quelque part, sur sa propre identité :
« Voici comment je me vois. Voici comment je voudrais que tu me voies. »
Axiome 3 : La ponctuation de la séquence des faits
Nous l’avons tous déjà entendu, ce fameux :
« C’est lui qui a commencé ! »
ou encore
« J’ai réagi comme ça à cause de son comportement. »
Chacun pense que l’autre a commencé.
Alors qu’en réalité, chaque élément est à la fois stimulus, réponse et renforcement.
Au fil du temps, une forme de règle implicite s’écrit dans la relation.
Chacun tient son rôle, souvent sans même s’en rendre compte.
Et c’est quand l’un bouge que cela peut créer des tensions car si je bouge, tu bouges aussi.
Des modèles d’échange apparaissent : leader / suiveur, parent / enfant, attaquant / défenseur…
Et, au fond, qu’importe qui a commencé.
Je pense notamment à un cas que j’ai accompagné.
Un chef d’équipe se plaignait que ses collaborateurs ne soient pas assez autonomes.
Alors, pour aller plus vite, il faisait souvent à leur place.
Résultat : plus il prenait les décisions, moins l’équipe osait en prendre.
Et plus elle restait dépendante, plus il se disait qu’il devait tout faire lui-même.
Une boucle parfaite.
Chacun persuadé de ne faire que “réagir” à l’autre, alors qu’en réalité, les deux renforçaient le même schéma.
À la maison, je vois aussi cette boucle entre mon fils et sa sœur.
Elle veut jouer avec lui, il refuse.
Alors elle râle, il s’énerve.
Elle crie, il claque la porte.
Et chacun me dit ensuite :
« C’est lui (ou elle) qui a commencé ! »
Sauf qu’en réalité, ils rejouent leur partition habituelle :
le rôle de “celle qui insiste” et celui de “celui qui fuit”.
Et si l’un change une note, tout le duo doit se réaccorder.
Nous avons souvent tort de penser que l’autre possède les mêmes informations que nous, qu’il en tire les mêmes conclusions, et qu’il voit le monde comme nous.
Pourtant, il n’y a pas une seule réalité.
Il y a autant de réalités que de regards qui se posent sur une même scène.
Axiome 4 : Communication digitale et analogique
C’est avec cet axiome que j’ai compris pourquoi, parfois, je ne reçois qu’une partie du message.
Ayant un handicap invisible, j’ai souvent du mal à interpréter le langage non verbal, cette partie analogique de la communication.
Un peu rageant, surtout quand on sait que nos animaux de compagnie, eux, la comprennent parfaitement.
Combien de fois, lorsque je me sentais triste ou nostalgique, je me suis retrouvée avec mon chat blotti contre moi, ronronnant.
Il ne comprend pas mes mots, mais il perçoit mon émotion.
Parce que, dans la communication analogique, les larmes peuvent dire à la fois la joie ou le chagrin.
Et c’est parfois là que les malentendus naissent : un même signe peut être interprété de mille façons.
Je le retrouve souvent dans les équipes que j’accompagne, même à distance.
On m’a souvent dit qu’en télétravail, “on perd la moitié du message”, sous-entendu le non-verbal.
Je ne le crois pas.
Le non-verbal ne disparaît pas, il change de forme.
Une caméra qui s’éteint brusquement, une voix habituellement présente qui devient silencieuse, un message plus court qu’à l’accoutumée…
Ce sont d’autres signes, mais ils parlent tout autant.
Et cela m’a fait penser à la fragilité du sens dans nos échanges.
Comment un détail, un ton, un accent peuvent tout changer.
Au Vietnam, par exemple, le mot “ma” peut signifier “fantôme” ou “maman”, selon l’accent sur le “a”.
Dans un texto, où l’accent n’apparaît pas toujours, le message peut être totalement mal interprété.
Finalement, qu’on soit à l’écrit ou à l’oral, derrière chaque mot se cache une intention… parfois mal traduite, parfois mal perçue.
C’est ce décalage entre ce qu’on veut dire et ce qui est entendu qui crée la distance.
Les mots disent “je vais bien”.
Le corps murmure “pas tant que ça”.
Et tout l’art de la communication, c’est peut-être simplement d’apprendre à écouter les deux..
Axiome 5 : Toute relation est symétrique ou complémentaire
La relation entre deux individus peut évoluer dans le temps, même sans intervention extérieure. Elle bouge, se rééquilibre, oscille parfois entre symétrie et complémentarité.
C’est d’ailleurs ce qui m’avait frappée avec Florian Lemaresquier, lors de la préparation de notre exposé. Nous étions dans une relation symétrique : deux pairs, face à un même sujet, avec un profond respect mutuel. Puis, peu à peu, la relation est devenue complémentaire : chacun apprenait à l’autre. Nos recherches nous avaient menés dans deux directions différentes, et c’est en les partageant que nous avons réellement construit quelque chose ensemble.
Mais quand une relation symétrique se rompt, la rivalité peut vite s’installer. L’escalade commence : “je fais mieux que toi”, “je vais plus loin que toi”. C’est la surenchère, comme deux managers pris dans une lutte de pouvoir.
Une relation complémentaire se déséquilibre quand l’un des deux ne reconnaît plus la place que l’autre occupe. Comme un parent qui continue à voir son enfant comme un petit alors qu’il cherche à être reconnu comme autonome.
Dans une équipe, un couple, une famille, le comportement de chacun influence celui des autres, car tout comportement est communication. Nous sommes pris dans une boucle d’interdépendance où nos gestes, nos mots, nos silences façonnent l’équilibre du système.
Changer, c’est accepter que la danse évolue, qu’à certains moments nous soyons partenaires à égalité et, à d’autres, en appui l’un sur l’autre.
La beauté d’une relation réside sans doute là : dans cette capacité à changer de pas sans perdre le rythme.
Ce que j’en retiens
Ce livre m’a appris une chose essentielle : accepter que l’autre ne voie pas le monde comme moi.
C’est danser à son rythme, parfois maladroitement, parfois avec grâce.
C’est apprendre à dire :
“Aide-moi à comprendre ton cadre de référence,
pour que je puisse te comprendre sans te déformer.”
Et peut-être qu’en comprenant l’autre,
on apprend peu à peu à se comprendre soi-même.
Comme me l’a dit un jour mon fils :
“Je comprends mieux les autres… du coup, je me comprends mieux aussi.”
Parce qu’au fond, communiquer, ce n’est pas simplement transmettre un message.
C’est entrer en relation.
📚 Référence :
Paul Watzlawick, Janet Helmick Beavin, Don D. Jackson — Une logique de la communication


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