Fiche de Lecture : Du désir au plaisir de changer de Françoise Kourilsky



Introduction

Aujourd’hui, je vais vous présenter ma fiche de lecture sur Du désir au plaisir de changer de Françoise Kourilsky. Plutôt que de vous livrer un résumé académique, je vais vous raconter comment ce livre m’a impactée : pourquoi j’ai d’abord fait face à une page blanche, ce qui m’a frappée et comment j’ai relié chaque concept à ma propre expérience, notamment à travers ma difficulté à nouer et maintenir une relation.

La page blanche

Lorsque j’ai démarré cette fiche de lecture, j’ai d’abord rencontré… une page blanche et un grand vide.
Avant, j’aurais cherché sur Internet « comment faire une fiche de lecture », j’aurais copié-collé des plans, bâti une mind-map à la manière d’Olivier, ou encore repris la structure  présentée par Rachel. D’ailleurs, je me suis arrangée pour passer la dernière afin de vous observer et comprendre comment il fallait faire.
Mais dans le cadre de cette formation, j’avais pour objectif d’apprendre à ma façon. J’ai donc décidé de ne pas remplir ce vide avec des recettes déjà vues, mais de vous livrer ma découverte, mon propre vécu face à ce livre.
Cette page blanche symbolise mon envie de transformer cet apprentissage en une aventure personnelle, et non en un simple exercice scolaire.

Ce qui m’a frappée : mon appétence pour les outils et les processus

Dès les premières pages, j’ai été saisie par l’attrait que j’éprouvais pour les techniques et les méthodes décrites par Kourilsky, surtout à travers ses nombreux exemples d’interventions.  J’y ai vu de véritables « pas de danse » : un rythme, une logique… Je me nourrissais davantage de ces illustrations concrètes que des seuls concepts théoriques. Mon enthousiasme a culminé lors de la partie consacrée au langage verbal, au non-verbal et à la communication.

Je me suis alors demandée : d’où vient cette soif ?

Elle naît de ma difficulté à engager et préserver le lien. Pour moi, interagir, c’est comme monter dans une voiture sans avoir le permis, et avec à peine quelques heures de conduite :

  • Quand l’autre prend le rôle du conducteur, je me laisse porter : je parle, je me livre sans filtre.
  • Mais dès qu’il commence à fatiguer, je suis incapable de déchiffrer ses signaux implicites ou gestuels. Les messages deviennent confus… jusqu’à ce que, trop tard, je réalise qu’il souhaite céder sa place et finit par me déposer au bord de la route pour poursuivre son chemin avec quelqu’un de plus à l’aise.
  • Parfois, je comprends assez tôt et tente de reprendre la conduite. Et là, c’est la panique : comment freiner ? Comment engager la marche arrière ? Quels sont ces panneaux ? Tant de données à traiter que j’en oublie le passager… Je finis par m’immobiliser sur le bas-côté et laisser l’autre partir vers un binôme plus sûr.

Dans les deux scénarios, je finis épuisée, triste et seule.

Ces approches m’ont redonné l’espoir de décrypter cette « mécanique » relationnelle et d’assimiler, pas à pas, les codes cachés derrière chaque geste. Elles enrichissent désormais ma trousse de compétences pour mieux tisser et entretenir le lien.

Mes prises de conscience et le lien avec le livre

Partie 1 – Lecture de la réalité de l’autre

Concept-clé : Chacun vit avec sa propre perception de la réalité, et le changement consiste à la réécrire.

« Tu ne vois pas le monde tel qu’il est, mais tel que tu es. » (Chapitre 1, p. 7)

Pour établir un véritable rapport et créer de la connivence, j’ai appris qu’il fallait s’intéresser sincèrement à l’autre, un geste loin d’être spontané pour moi, qui me demande toujours un effort considérable. J’ai donc appris à adopter une posture de coach : reformuler, poser des questions ouvertes, même quand je puise dans mes dernières ressources. J’ai même un mantra : repartir de chaque nouvelle rencontre avec une ou deux informations sur mon interlocuteur ou interlocutrice. 

Ce n’est pas instinctif, c’est un apprentissage. Depuis mon diagnostic, j’évalue ce coût énergétique et j’y applique un retour sur investissement  : si j’investis dans cette interaction, c’est que cela en vaut la peine. Il y a deux semaines, à l’Agile Tour Toulouse, j’ai choisi de parler davantage avec des personnes que je voyais peu ou qui venaient de loin. J’ai même expliqué mes limites en matière de souffle relationnel ; ma transparence a ému une de mes interlocutrices et notre échange s’en est trouvé particulièrement riche.

Cette transparence ne plaît pas toujours à tout le monde. C’est le cas de certains de mes proches qui ont du mal à accepter que j’aborde publiquement mon handicap sur LinkedIn. C’est moi qui aujourd’hui expérimente la posture dont je parle : je cherche à décrypter leur carte mentale tout en exposant la mienne, afin de co-construire une nouvelle réalité où chacun se sente à l’aise. Dans ces situations, j’ajuste mon discours et mon ton pour maintenir le dialogue ouvert et respectueux

Cette expérience m’a prouvé que je n’ai pas besoin d’être « comme tout le monde » pour créer un lien authentique.

Partie 2 – La complexité du changement

Concept-clé : Distinguer le changement 1 (ajustement) du changement 2 (transformation profonde).

« L’accès au changement 2 dans un système humain nécessite que les règles qui le régissent subissent des transformations. Et cette modification des règles d’un système humain relève […] d’une reconstruction de la réalité, d’un changement de prémisses, voire d’hypothèses de base ou de présupposés. » (Chapitre 4, p. 44)

Pendant plus de quarante ans, j’ai imité les comportements des autres sans saisir pourquoi certains fonctionnaient mieux. J’étais bloquée dans le changement 1 : je modifiais des détails sans remettre en cause mes croyances profondes.

En identifiant ma croyance centrale « mon handicap est une faiblesse » , héritée d’une famille où l’on répétait « sois forte, seuls les forts survivent », j’ai compris que nier ma différence me nuisait plus que de l’assumer. Ce questionnement m’a permise de passer au changement 2 : rendre visible l’invisible et accepter mon handicap comme un atout. Rédiger cette fiche de lecture a été pour moi un véritable tournant de ma transformation et j’en éprouve de la fierté.

Partie 3 – Réformer mes modes de pensée

Concept-clé : Passer d’une pensée linéaire (« si… alors ») à une pensée systémique (boucles, rétroactions).

« Cette nouvelle manière de résoudre les problèmes implique que la personne qui conduit le changement soit avant tout « un stratège rusé et respectueux », sachant orienter et réajuster ses interventions en fonction des réactions qu’il provoque et recueille. » (Chapitre 26, p. 282)

Avant, je repassais mes échanges en boucle chaque soir : « J’ai trop parlé », « J’aurais dû poser telle question », « Elle a dû penser que je m’ennuyais… » Cette autocritique m’enfonçait dans la culpabilité et la tristesse, sans m’aider à progresser.
En écrivant aujourd’hui, je réalise que ce sentiment a disparu : je me focalise sur la qualité de la relation, et j’économise mes ressources pour mieux intervenir lorsque je dois « prendre le volant ».

Je suis devenue créative : il existe mille façons d’entrer en relation. J’ai commencé à donner des conférences et à animer des ateliers pour mes collègues. Lors d’une de mes conférences, une personne très connue dans le monde de l’agilité m’a dit : « Toute la journée, tu semblais introvertie, et là, sur scène, tu dégages une énergie incroyable. » J’ai compris que c’était simplement une autre manière d’interagir.

Publier sur LinkedIn, en prenant tout mon temps pour choisir mes mots, est aussi une façon d’échanger à mon propre rythme. J’utilise ChatGPT pour m’aider à formuler mes messages sans dénaturer la musicalité de mon style, ce qui m’aide à créer un vrai pont vers autrui.

J’ose réagir aux publications et partager ma propre vision. C’est moi qui constate aujourd’hui que ces interventions suscitent des retours constructifs, ce qui m’incite à approfondir mes réflexions et à les diffuser à nouveau. Je contacte désormais des personnes aux opinions diamétralement opposées pour confronter nos perceptions : plusieurs m’ont remerciée pour mes posts, et certains sont même venus prendre un café avec moi pour échanger sur l’autisme et comparer nos expériences.

Ce qui a changé en moi

Cette fiche de lecture me ressemble : un mélange de moi, de ce livre et de nous. Elle m’offre un autre regard sur Du désir au plaisir de changer et me donne envie de le relire pour noter chaque outil ou pattern repéré, puis de les travailler comme un musicien affine ses gammes pour composer une belle mélodie.

J’éprouve désormais le besoin de ralentir : prendre le temps d’enregistrer mes réflexions et mes expérimentations, avec indulgence et sans jugement, et d’accepter mon propre tempo.

Je veux apprendre davantage et tisser des relations de qualité, à la mesure de mes capacités. Je deviens plus attentive à mon propre écosystème : éviter les longues soirées où je me sens impuissante, veiller à reconstituer mes réserves et exprimer mes limites quand je suis à bout.

Je vais mettre en place des conditions propices à une communication réussie : faire moins, mais mieux ; ne pas hésiter à me procurer de nouvelles méthodes ; explorer des ouvrages spécialisés sur le non-verbal pour que ces compétences deviennent des automatismes, comme pour apprendre les tables de multiplication. 

Je demanderai aussi conseil à celles et ceux pour qui la relation est naturelle,  afin qu’ils partagent leurs recettes pour amorcer et soutenir la connexion

Enfin, cette prise de conscience me rappelle qu’il me reste du chemin pour comprendre mon handicap et apprendre à vivre en harmonie avec lui.

Conclusion

Cette fiche de lecture du livre de Françoise Kourilsky Du désir au plaisir de changer a été pour moi un véritable déclencheur.

Rédiger ce texte m’a fait comprendre qu’un livre peut dépasser le cadre académique : il peut devenir un compagnon intime qui bouleverse notre perception du monde.

Françoise Kourilsky m’a invitée au travers de son livre à passer du désir (« je veux mieux communiquer ») au plaisir (« j’ai des clés pour le faire »).  Son ouvrage m’a permis de voir mon handicap invisible non plus comme un frein, mais comme une force sur laquelle m’appuyer pour un changement à la fois profond et durable.

Finalement, en relisant ma fiche de lecture, je réalise à quel point je m’ouvre aux autres et interagit de plus en plus avec autrui. C’est moi qui constate aujourd’hui cette évolution dans mes pratiques relationnelles… et oui, je l’avoue : je suis fière de moi.

Pour conclure, je dirais simplement : “C’est à la fois une fin et un début.” 


Note : Cette fiche de lecture a été rédigée en juin 2025, dans le cadre de ma formation CMS (Carré Magique Systémique) avec Christophe Keromen et Marc Brunet.

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