AgiLeMans 2026: Au-delà d’un événement agile, une expérience agile



Deux anniversaires

Jeudi dernier, j’étais à AgiLeMans pour y donner ma conférence sur le pouvoir de dire non. Cette édition était particulière : l’événement fêtait ses 10 ans. Dix années d’échanges, de réflexions et d’expérimentations autour de l’agilité.

Dans le même temps, chez moi, ma fille s’apprêtait à célébrer son anniversaire le lendemain. Deux anniversaires en parallèle. Deux formes de célébration. Deux collectifs différents, mais tout aussi importants.

L’amphi prêt à célébrer les 10 ans d’AgiLeMans.

Célébrer le collectif

Lors de la keynote d’ouverture, Jérôme a insisté sur l’importance de célébrer le collectif. Il a rappelé que la manière dont nous célébrons façonne notre culture. Célébrer uniquement les héros individuels peut encourager le surinvestissement et l’individualisme. Célébrer le collectif, en revanche, revient à célébrer la collaboration. Ce message m’a marquée.

Une phrase entendue le matin… et vécue l’après-midi.

La journée s’est déroulée dans une énergie inspirante. J’ai assisté à des conférences riches, échangé avec mes amigilistes, retrouvé des visages connus et découvert de nouvelles personnes. J’ai donné ma conférence et pris le temps de discuter avec les participants. Ces échanges comptent beaucoup pour moi, car cette conférence porte une part très personnelle de mon parcours.

Parler du pouvoir de dire non, avec beaucoup de moi dedans.

Quand les mots prennent une autre forme.

L’annonce

Puis, en fin d’après-midi, l’annonce est tombée : mon train de nuit était annulé.

À cet instant, j’ai compris que le lendemain matin, je ne serais probablement pas auprès de ma fille pour lui souhaiter bon anniversaire. Le décalage entre la journée lumineuse que je venais de vivre et cette nouvelle a créé un véritable pincement au cœur.

Je m’apprêtais à assister à la conférence de Fanny, que j’avais très envie d’écouter. J’ai choisi d’y renoncer. Je n’assisterais pas non plus au mot de clôture.

Une page restée blanche. Un programme qui bascule.

Quand le collectif devient concret

En sortant de l’amphithéâtre, mon visage a suffi à alerter mes amigilistes. Lorsque j’ai expliqué la situation, un mouvement spontané s’est enclenché. Des participants, des amis, des personnes que je connaissais peu, les organisateurs… tous se sont mis à chercher des solutions avec moi. Qui rentre vers Bordeaux ? Existe-t-il une correspondance possible ? Un covoiturage ? Une alternative ?

Je ne faisais plus face seule à un problème logistique. Nous étions en train de collaborer.

C’est à ce moment-là que la keynote du matin a pris une dimension très concrète. Célébrer le collectif, ce n’est pas une idée abstraite. C’est cette capacité à se mobiliser ensemble, spontanément, pour aider l’un des nôtres. J’ai vécu, en quelques minutes, une démonstration tangible de ce que signifie une culture de collaboration.

Avancer dans l’incertitude

J’ai ensuite décidé de faire ce qui était en mon pouvoir : me rendre à la gare pour obtenir des informations fiables. Dans sa conférence, Frédéric parlait des services d’urgences hospitaliers : des systèmes non prédictifs, où l’on ne peut anticiper ni les accidents ni les vagues épidémiques. Pourtant, cela fonctionne. Parce que les équipes communiquent en permanence et s’ajustent en continu.

Les intempéries qui avaient provoqué l’annulation de mon train relevaient de cette même imprévisibilité. À la gare, j’ai cherché ce qui était certain. Un train pour Paris circulait. J’ai choisi d’avancer étape par étape : rejoindre Paris, puis décider de la suite.

En attendant ce train, je n’étais pas seule : d’autres agilistes attendaient le leur. Nous avons discuté, partagé nos impressions sur la journée. Leur présence a rendu l’incertitude plus légère.

Attendre… ensemble.

La chambre d’hôtel

Arrivée à Paris, la SNCF m’a proposé une chambre d’hôtel. Au moins, j’avais un point d’ancrage pour la nuit. Je pensais pouvoir prendre un autre train le lendemain. Mais une fois à l’hôtel, j’ai appris que cette nouvelle option était elle aussi annulée.

Dans cette chambre, seule, l’incertitude est revenue plus fortement. Je ne savais pas encore si je pourrais rentrer à temps pour l’anniversaire.

C’est alors que j’ai ouvert ma boîte à feedback.

Des mots comme des chocolats réconfortants.

Les petits papiers laissés par les participants à ma conférence. Leurs mots ont agi comme un réconfort inattendu. Cette conférence représente beaucoup pour moi. Y lire que certains s’y étaient reconnus, que d’autres y avaient trouvé du courage ou des clés de réflexion, a atténué ma tristesse. Cela m’a rappelé pourquoi je fais ce que je fais.

Ralentir pour mieux choisir

Finalement, j’ai réservé un vol pour 16h le lendemain. Mon objectif était clair : être présente pour l’anniversaire de ma fille.

Je me suis retrouvée avec une journée entière à Paris. J’aurais pu la remplir de réunions, traiter mes mails, optimiser ce temps « perdu ». Mais la conférence de David sur la performance durable me revenait en tête : ralentir pour aller plus loin, voire plus vite. Il avait partagé l’importance de reprendre du temps dans son agenda.

Une phrase devenue décision.

J’ai donc choisi de ralentir. De prendre le temps de raconter AgiLeMans à mes camarades de la communauté Agile DXC France. D’intégrer les apprentissages plutôt que de les survoler. De faire des liens entre les conférences entendues et mes accompagnements en cours. De poser ce que j’avais en tête. 

Être là

Cette journée a été finalement plus productive qu’une autre parce que j’ai pris le temps de poser mes idées, mes observations, mes interrogations sur papier. J’ai repris du temps dans mon agenda la semaine prochaine pour refaire ce même exercice. 

Je suis finalement rentrée à temps, pour faire une partie de bowling avec ma fille, souffler ses 6 bougies sur un muffin acheté à l’aéroport, voir un grand sourire sur son visage à l’ouverture de son cadeau. Être pour elle.

Être là. Tout simplement.

Plus qu’un événement

Dix ans célébrés. Une culture incarnée.

Avec le recul, ces imprévus ont rendu l’expérience encore plus riche. AgiLeMans restera un événement coup de cœur, non seulement pour la qualité de ses conférences, mais pour ce que j’y ai vécu humainement.

Un immense merci aux organisateurs pour ces 10 années d’engagement. Merci à Manuella et Fabien, que je n’ai pas pu remercier de vive voix avant de partir. Merci aux participants pour leurs retours et leur confiance. Merci à mes deux sketchnoteurs et à ma super Timekeeper. 

Merci aux amigilistes pour vos échanges, votre réconfort, pour ces moments partagés ensemble, Saibatou, Alain, Frédéric, Yadz, Joanne, Jean, Fabrice, Gwendoline, Gowen, Marmotte, Charles-Louis, Samantha, Eric, Stéphane, Alice et j’en oublie

Au-delà des concepts et des méthodes, j’ai vécu une démonstration concrète de ce que signifient célébration, collaboration, adaptation et choix des priorités. J’ai pleinement vécu ce que le mot agile peut signifier.

Parfois, l’agilité ne se joue pas seulement dans les salles de conférence.
Elle se révèle aussi dans une gare, face à l’imprévu, et dans la décision d’être là où cela compte vraiment.

PS : Le terme amigilistes vient d’Elsa que j’embrasse.

Laisser un commentaire