La résonance : comprendre ce qui se joue dans la relation à l’autre



Une question qui m’accompagne depuis longtemps

À plusieurs moments de ma vie professionnelle, on m’a fait une remarque qui m’a longtemps intriguée :

« Tu résonnes avec les personnes en face de toi. »

Je me souviens notamment d’une cliente très inquiète face à une situation difficile. Sans m’en rendre compte, je me suis mise exactement dans le même état qu’elle : même inquiétude, même tension dans la voix, comme si je ressentais ce qu’elle ressentait.

Et paradoxalement, c’est ce moment-là qui a débloqué la situation.

Sur le moment, je ne savais pas vraiment quoi penser de cela.

Plus tard, lors de ma formation de coach, plusieurs personnes m’ont fait ce même retour. Lorsque je parle avec quelqu’un, ma voix peut prendre la même texture, la même vitesse. Mon vocabulaire se rapproche parfois de celui de mon interlocuteur.

Comme si quelque chose s’accordait naturellement entre nous.

Et pourtant, paradoxalement, la relation à l’autre n’a jamais été pour moi quelque chose d’évident. Ayant un trouble du spectre de l’autisme, les interactions sociales peuvent être complexes. Comprendre ce qui se joue dans une relation, percevoir les implicites, décoder ce qui circule entre deux personnes sont des questions qui m’accompagnent depuis longtemps.

Alors cette remarque m’a intriguée.

Parce qu’au fond, je ne savais pas vraiment ce que cela voulait dire. Mais je me suis aussi demandé si, en comprenant mieux cette notion de résonance, je pourrais peut-être m’en servir pour améliorer ma manière d’entrer en relation avec les autres.

C’est cette question qui m’a amenée à m’intéresser à ce concept.

La résonance comme rencontre de deux mondes

Au fil de mes lectures, une idée m’a particulièrement marquée : la résonance n’est pas seulement quelque chose qui se passe à l’intérieur d’une personne. Elle naît de la rencontre entre deux personnes.

Autrement dit, elle émerge lorsque deux mondes se rencontrent : deux histoires, deux sensibilités, deux manières de percevoir et d’habiter le monde.

Un passage du livre Entre résilience et résonance illustre particulièrement bien cette idée. Les auteurs y décrivent une situation dans laquelle plusieurs professionnels sont invités à partager la résonance qu’ils ont ressentie face à une même situation.

Ce qui est frappant, c’est que chacun perçoit quelque chose de différent.

La même situation fait émerger des échos différents selon les personnes.

C’est à ce moment-là que j’ai compris quelque chose d’essentiel : la résonance n’est pas une réaction universelle. Elle est propre à chaque relation, parce qu’elle dépend toujours de la rencontre entre deux histoires et deux sensibilités.

Elle appartient, en quelque sorte, à l’espace relationnel qui se construit entre deux personnes.

Et cela m’a aussi permis de réaliser quelque chose de plus personnel : moi aussi, j’étais capable d’entrer en résonance avec les autres, à ma manière, à partir de mon histoire et de mon vécu.

Une résonance omniprésente dans la relation

Un aspect qui m’a particulièrement marquée dans le livre d’Olivier Guérin est l’idée que la résonance est omniprésente dans la relation.

Elle ne se manifeste pas seulement pendant la séance de coaching.

Elle peut apparaître avant même la rencontre.

Un simple message envoyé par un client, quelques lignes décrivant sa situation ou sa demande constituent déjà une première interaction. Or, comme le rappelle l’axiome de communication formulé par Paul Watzlawick, il est impossible de ne pas communiquer.

Dès qu’il y a communication, une relation commence à se construire.

Et avec elle, les premières résonances.

Ces premières impressions peuvent toutefois introduire des biais. À partir de quelques informations, nous pouvons déjà commencer à imaginer la personne ou à interpréter sa situation.

Olivier Guérin propose à ce sujet une pratique intéressante : utiliser la pleine conscience pour observer ce qui se passe en soi avant la rencontre et essayer d’aborder la relation comme une forme de page blanche.

Observer ce qui se passe en soi

Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans mes lectures, c’est l’idée que la résonance peut devenir un véritable point d’observation de la relation.

Dans Entre résilience et résonance, Boris Cyrulnik et Mony Elkaïm invitent le professionnel à travailler avec ce qui se passe en lui pendant la relation. Mony Elkaïm insiste notamment sur l’importance d’écouter les émotions qui émergent pendant les séances : elles peuvent devenir des indicateurs de ce qui se joue dans la rencontre avec la personne accompagnée.

Olivier Guérin propose quant à lui une approche plus structurée pour observer la résonance. Il invite à explorer plusieurs dimensions : le ressenti actuel (sensations corporelles, émotions, idées récurrentes, état d’esprit), le lien possible entre ce ressenti et la situation du client, la temporalité de cette résonance, renvoie-t-elle à une expérience passée, à une situation présente ou à une projection dans le futur, et enfin l’effet que cette résonance peut avoir sur l’attitude du coach dans la relation.

Pour certaines personnes, identifier leurs émotions peut sembler naturel.

Pour moi, cela reste souvent plus difficile. Mettre des mots sur ce que je ressens, notamment en termes d’émotions, n’est pas toujours évident.

En revanche, mon corps, lui, réagit.

Une crispation.
Une tension.
Parfois une énergie particulière qui apparaît.

Je me rends compte que mon accès au ressenti passe beaucoup par le corps, mais aussi par des images ou des analogies. Une situation peut me faire penser à quelque chose, comme une métaphore qui surgit spontanément.

C’est aussi pour cela que l’approche d’Olivier Guérin me parle particulièrement : elle ne repose pas uniquement sur l’identification des émotions. Elle invite aussi à observer les sensations corporelles, les pensées qui émergent, les images ou les idées récurrentes.

Ces éléments deviennent alors pour moi des indices.

Ils me permettent d’explorer ce qui se joue dans la relation, même lorsque les émotions restent difficiles à nommer.

Lorsque je suis joyeuse, par exemple, je ne pense pas immédiatement au mot «joie». Je ressens plutôt une énergie très forte, une envie de bouger, presque de sauter partout. La colère peut se manifester comme une sensation d’explosion. La tristesse, elle, prend plutôt la forme de quelque chose de sombre, de froid, qui donne envie de se refermer.

C’est à partir de ces sensations, de ces images et de ces pensées que je peux commencer à comprendre ce qui se passe en moi et peut-être aussi ce que la relation avec l’autre est en train de faire émerger.

Les différentes formes de résonance

À force d’observer ces sensations, ces images et ces réactions corporelles, je me suis aussi rendu compte que toutes les résonances ne se manifestent pas de la même manière. Certaines soutiennent la relation, d’autres au contraire peuvent la rendre plus difficile à habiter.

En lisant le livre d’Olivier Guérin, j’ai découvert qu’il proposait justement une grille pour comprendre ces différentes formes de résonance. Cette lecture m’a aidée à mettre des mots sur certaines situations que j’avais déjà vécues dans ma pratique.

Il parle par exemple de résonance limitante. J’en ai fait l’expérience lors d’un accompagnement où l’histoire d’une coachée faisait fortement écho à la mienne. Lors d’une séance, elle s’est mise à pleurer et j’ai ressenti une surcharge émotionnelle très forte. La similitude entre nos vécus était telle que la résonance devenait difficile à contenir. Au lieu d’éclairer la relation, elle venait presque l’envahir.

Il évoque également la résonance amicale, lorsque la relation devient très sympathique et que les frontières peuvent se brouiller. Cela m’est arrivé lors d’un coaching d’entraînement pendant ma formation. Le coaché cherchait constamment à créer une proximité : compliments, volonté de faire plaisir, relation très chaleureuse. Sur le moment, cela a généré chez moi une certaine gêne. Je ne savais plus très bien sur quelle « chaise » j’étais assise : étais-je dans une relation de coaching ou dans une relation plus personnelle ?

À l’inverse, il peut aussi exister une résonance très technique. C’est lorsque la relation passe surtout par le processus, les outils ou la structure de la séance. J’ai déjà vécu un accompagnement comme cela où j’étais très concentrée sur mes notes, à préparer et à hyper-préparer mes séances, à être très focalisée sur les outils et le processus de coaching. Pourtant, je sentais que quelque chose ne fonctionnait pas vraiment dans la relation et que cela n’aidait pas réellement mon client.

Cela me fait aussi penser à certaines situations où j’essaie presque de « faire comme les autres » dans mes interactions. Je me concentre alors beaucoup sur ce que je devrais faire ou dire, sur la bonne manière d’interagir. Mais la relation devient plus froide, plus mécanique. Et au final, cela fonctionne moins bien.

Et puis il y a ces moments où quelque chose s’ajuste simplement. Les échanges deviennent fluides, les questions viennent naturellement, et l’on a l’impression d’avancer ensemble. Olivier Guérin parle alors de résonance efficace, en évoquant notamment cet état de flow où la relation et le processus trouvent un équilibre.

Cette idée de flow m’a particulièrement parlé. Elle ne concerne pas seulement le coaching. Elle me fait aussi réfléchir à mes relations en général. Certaines relations sont naturellement fluides, simples, presque évidentes. D’autres me demandent beaucoup plus d’énergie, comme si je devais constamment ramer pour maintenir le lien.

Comprendre cela m’aide aussi à porter un autre regard sur mes relations. Peut-être que toutes ne sont pas faites pour être vécues de la même manière. Peut-être aussi que cette notion de résonance peut m’aider à identifier les relations qui sont plus naturelles pour moi et celles qui le sont moins.

C’est particulièrement important pour moi, car l’autisme rend parfois difficile la lecture des niveaux de relation avec les autres. J’ai tendance à être très transparente, parfois de la même manière avec tout le monde, ce qui m’a déjà valu quelques déconvenues. Observer la qualité de la résonance dans une relation pourrait peut-être devenir, pour moi, une manière de mieux comprendre où je me situe dans la relation à l’autre.

Que faire de cette résonance ?

Lorsque j’accompagne quelqu’un, une question revient souvent : que faire de ce qui résonne en moi pendant la séance ?

Faut-il le partager avec la personne accompagnée ?
Ou au contraire le garder pour soi ?

La réponse n’est pas toujours évidente. Ce que je ressens n’est pas forcément clair sur le moment. Il peut y avoir une forme de doute : est-ce que cette résonance appartient à la situation du client ou est-ce simplement un écho à ma propre histoire ?

Dans son livre, Olivier Guérin propose un repère que j’ai trouvé particulièrement aidant. Il suggère de se poser une question simple : est-ce que ce que je m’apprête à partager sert l’objectif du coaching ?

Autrement dit : est-ce que cette résonance peut apporter un éclairage utile pour la personne accompagnée ? Ou est-ce simplement quelque chose qui m’appartient ?

Cette question m’aide beaucoup. Elle me permet de considérer la résonance comme une information précieuse, sans ressentir l’obligation de la partager systématiquement.

Mais cette réflexion ne concerne pas seulement le coaching. Elle me semble aussi valable dans les relations du quotidien.

Lorsque quelque chose résonne en nous dans une conversation, il peut être tentant de le partager immédiatement. Pourtant, là aussi, la question peut se poser : qu’est-ce que le fait de partager cette résonance va apporter à la relation ?

Est-ce que cela contribue à consolider le lien, à le maintenir, à l’approfondir ?
Ou est-ce simplement quelque chose qui m’appartient et qui n’apporterait rien à la relation ?

Avec le temps, je me rends compte que toutes les résonances n’ont pas besoin d’être exprimées. Certaines peuvent rester des informations pour soi, des pistes de compréhension sur ce qui se joue dans la relation.

Et peut-être que se poser cette question “qu’est-ce que cela apporte au lien ?” peut aussi être une manière d’apprendre à mieux habiter la relation à l’autre.

La résonance comme apprentissage

Aujourd’hui, ce que je retiens de cette exploration, c’est que la résonance dépasse largement le cadre du coaching.

Elle apparaît dans toutes les relations : dans une conversation avec une amie, dans un échange avec mes enfants, ou simplement dans un moment où quelque chose que dit l’autre vient toucher quelque chose en moi.

Dans ces moments-là, la résonance devient une invitation à s’arrêter un instant et à se poser quelques questions : pourquoi cela fait-il écho ? Qu’est-ce que cela raconte de moi ? Et qu’est-ce que cela dit de la rencontre entre l’autre et moi ?

Peu à peu, je me rends compte que la résonance peut devenir une véritable source d’apprentissage. Un apprentissage sur soi, bien sûr, mais aussi sur la relation elle-même.

Parce qu’au fond, elle peut aussi nous amener à nous demander ce que nous voulons faire de cette relation : avons-nous envie de la maintenir ? de la renforcer ? de la nourrir ?

La résonance devient alors une forme d’indice. Une manière de percevoir la qualité du lien qui se construit entre nous.Peut-être, finalement, une boussole relationnelle qui nous aide à nous situer dans la rencontre avec l’autre.


📚 Référence :

Boris Cyrulnik, Mony Elkaïm sous la direction de Michel Maestre — Entre résilience et résonance A l’écoute de ses émotions

Olivier Guérin La Résonance

Crédit Photo de Linus Nylund sur Unsplash

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