J’ai failli ne pas venir
J’ai failli ne pas venir à Agile Games France.
Avant même d’arriver, il y avait déjà le stress, l’angoisse, l’incertitude. C’était ma première participation, et avec elle beaucoup d’inconnu. Je ne savais pas comment cela allait se passer, ni comment j’allais trouver ma place dans un événement dont je percevais surtout le flou.
Il n’y avait pas vraiment de programme, pas de déroulé précis auquel me raccrocher. Juste quelques repères : un début vers 8h45, une photo de groupe, le déjeuner, le repas du soir, un forum ouvert… enfin très ouvert, puisqu’il n’y avait ni place de marché ni créneaux clairement définis.
Et pour moi, ce flou-là n’a rien d’anodin. C’était un peu comme sauter dans le vide en espérant avoir un parachute.
Il y a même eu une crise d’angoisse, et ce moment très concret où il n’était plus possible de sortir du train. Trop tard : il était parti.
Comment je vais faire pour tenir dans l’incertitude ?
Face à cette incertitude, j’ai dû trouver comment faire.
Très vite, j’ai compris que je ne pourrais pas vivre cet événement comme tout le monde. Pas au même rythme, pas de la même manière. Il fallait que je trouve une autre façon d’être là, qui me permette de tenir.
Alors je me suis dit quelque chose de simple : je vais vivre cet événement comme je peux le vivre, avec les moyens que j’ai.
Concrètement, cela voulait dire ne pas tout faire. Ne pas jouer à tous les jeux. Prendre le temps d’observer, aussi, pour économiser mon énergie et éviter de tout dépenser trop vite. Me ménager, en quelque sorte, pour pouvoir traverser la journée.
J’ai aussi ressenti le besoin de m’imposer des pauses, de m’extraire par moments du bruit et du mouvement pour reprendre mon souffle. Le soir, la fatigue s’est faite plus présente, plus dense, et les interactions devenaient plus difficiles.
Avec elle revenait une tension familière : celle de vouloir faire comme les autres, suivre le rythme, être “dans” comme tout le monde… ou accepter que mon expérience soit différente, et qu’elle puisse malgré tout être juste.
Comprendre le cadre implicite
Je n’ai fait aucun jeu. Et pourtant, j’ai eu beaucoup d’idées. Comme si le fait d’observer, de prendre du recul, me permettait aussi de comprendre autrement ce qui se jouait.
C’est là que j’ai commencé à percevoir qu’il y avait bien un cadre. Mais un cadre implicite.
Certaines règles n’étaient jamais formulées, et pourtant elles existaient. Par exemple : si quelque chose est posé sur la table, cela n’appartient plus vraiment à une seule personne. Cela entre dans le commun, dans une forme de “pot partagé” que le groupe peut s’approprier, transformer, faire vivre.
De la même manière, la responsabilité ne repose pas sur une organisation distincte. Elle est portée par le groupe. Par les personnes présentes.
Si le repas tarde, il est possible d’aller voir. Si quelque chose ne fonctionne pas, on peut agir. Si une idée émerge, on peut la proposer. Il n’y a pas seulement des participants qui consomment un cadre existant, mais des personnes qui contribuent à ce qui se construit en temps réel.
J’ai compris aussi qu’il y avait des rôles que chacun pouvait prendre tout au long des deux jours, et que je pouvais être non seulement participante, mais aussi organisatrice, joueuse ou animatrice de jeu. Je peux osciller entre ces postures : proposer, contribuer, soutenir… ou me retirer lorsque c’est nécessaire.
Je reste responsable de moi : de mon énergie, de mon rythme, de ce que je choisis de vivre.
Un événement peu organisé… et profondément inclusif
C’est sans doute ce qui m’a le plus marquée.
Pour un événement qui semble, au premier regard, peu organisé, Agile Games France m’a paru profondément inclusif.
C’est presque un paradoxe. On pourrait penser qu’il faut beaucoup de structure, de processus, de cadres explicites pour permettre à chacun de trouver sa place. Et parfois, c’est vrai. Mais ici, j’ai fait l’expérience de quelque chose de différent.
Un cadre implicite, suffisamment présent pour que l’ensemble tienne, mais suffisamment souple pour laisser de la place. Une responsabilité partagée, qui ne repose pas sur quelques personnes identifiées, mais circule dans le groupe. Une attention aux autres, discrète mais réelle.
Cela rend possible différentes manières d’être là. Observer, participer, se retirer, revenir. Ne pas tout faire, sans pour autant être en dehors.
Ce que j’ai trouvé profondément inclusif, ce n’est pas l’absence de cadre. C’est au contraire la présence d’un cadre assez souple pour accueillir plusieurs manières de participer, plusieurs rythmes, plusieurs besoins.
Peut-être que, parfois, l’inclusion ne vient pas d’un cadre plus dense, mais d’un cadre plus habitable.
Ce que je retiens : les liens
Au fond, ce que je retiens le plus de ces deux jours, ce ne sont pas seulement les jeux.
Ce sont les liens.
Ceux qui se tissent progressivement, parfois presque sans qu’on s’en rende compte. Une forme de danse collective, où l’on se retrouve tour à tour en groupe, en plus petit comité, ou dans des moments plus calmes.
Il y a aussi ces repères qui apparaissent : des visages connus, des personnes avec qui l’on se sent plus à l’aise. Et soudain, le contexte devient plus simple, plus lisible, plus respirable.
Ce qui circule, c’est du respect. Une attention qui ne fait pas de bruit, mais qui est bien là.
Et au milieu de tout cela, quelque chose de doux. Comme un sentiment partagé d’être ensemble, d’apprendre, de partager, de grandir.
Vivre à ma manière
J’ai passé un très bon moment dans un événement non organisé, malgré la peur et l’angoisse que j’avais avant de venir.
Je n’ai pas tout fait. Je n’ai pas tout compris immédiatement. Je me suis parfois sentie à côté.
Et pourtant, cela n’enlève rien à ce que j’ai vécu.
J’ai appris. J’ai partagé. J’ai échangé. J’ai ri, parfois aux larmes.
Je l’ai vécu à ma manière, avec mes capacités du moment, avec mes limites aussi. Sans chercher à tout prix à entrer dans un rythme ou un fonctionnement qui n’était pas le mien.
Et cela a suffi.
Je repars fatiguée, bien sûr, mais avec le cœur plein.
Un grand merci aux non-organisateurs, aux joueurs, et à toutes celles et ceux qui ont rendu cet événement si inspirant.
PS : Pour les jeux découverts, je les partagerai un peu plus tard, promis. Là, j’avais surtout besoin de partager cette réflexion autour de l’inclusion.


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