Agile Tour Strasbourg 2026: Ce que l’IA fait bouger en nous



Vendredi, je suis revenue à Agile Tour Strasbourg.

Ce n’était pas seulement une journée de conférences. C’était aussi un retour dans un endroit qui a compté pour moi. Agile Tour Strasbourg., c’est le premier Agile Tour qui m’a donné ma chance, celui de ma première conférence. Revenir ici, avec l’une de mes nouvelles conférences, avait donc quelque chose de très particulier.

Il y avait de la joie, de l’émotion, de la gratitude. Et cette impression étrange de revenir au même endroit, mais pas avec la même version de moi.

Au fil de la journée, une question m’a accompagnée : qu’est-ce que l’IA est en train de faire bouger en nous ?

Pas seulement dans nos organisations. Pas seulement dans nos outils. Mais en nous, humains. Dans notre rapport à nos compétences, à notre travail, à notre place, à notre manière d’apprendre et de décider quand tout devient incertain.

Quand l’IA déplace notre rapport au travail

Avec l’IA, on parle beaucoup de temps gagné. De production accélérée. De performance augmentée. On parle d’outils, de prompts, d’automatisation, de productivité.

Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est ce que tout cela provoque côté humain.

Qu’est-ce que ça fait à notre rapport au travail quand une tâche qui prenait plusieurs heures peut être réalisée en quelques minutes ? Qu’est-ce que ça fait à notre sentiment de compétence quand une partie de ce que nous savions faire devient automatisable ? Qu’est-ce que ça fait à notre place dans une équipe, dans une organisation, dans un métier ?

Ces questions ne sont pas seulement techniques. Elles sont profondément humaines.

Elles touchent à la valeur que l’on donne à notre travail. À notre légitimité. À notre manière de nous projeter. À notre capacité à continuer à apprendre sans nous sentir effacés par l’outil.

Le temps gagné n’est pas neutre

Une idée m’a particulièrement marquée pendant la journée : avec l’IA, on gagne du temps. Mais que fait-on de ce temps gagné ?

Le réflexe pourrait être de le remplir immédiatement avec encore plus de production. Produire plus vite, plus souvent, en plus grande quantité. Mais ce n’est pas la seule possibilité.

Ce temps pourrait aussi redevenir un espace pour ralentir au bon endroit : écouter davantage, retourner vers les utilisateurs, regarder ce que l’on construit, pourquoi on le construit, et pour qui.

Dans le développement logiciel, cette idée me touche beaucoup. Parce que développer, ce n’est pas seulement produire du code. C’est apprendre en avançant : découvrir un besoin, confronter une hypothèse, ajuster une solution, faire évoluer sa compréhension.

Le risque, avec l’IA, ce n’est peut-être pas seulement qu’elle fasse certaines choses à notre place. C’est qu’elle coupe une partie de ce chemin d’apprentissage, si on ne prend plus le temps de rester en lien avec le réel.

Et ce sont souvent ces espaces-là qui donnent du sens au travail.

Quand la transformation devient individuelle

La conférence sur l’agilité individuelle a résonné directement avec mon questionnement sur l’impact humain de l’IA. Parce qu’avec l’IA, il n’y a pas que les organisations qui changent. Il n’y a pas que les équipes, les processus ou les façons de collaborer qui se transforment. Il y a aussi l’individu.

Nos métiers bougent. Nos repères bougent. Nos compétences bougent. Notre manière de travailler, d’apprendre, de décider peut aussi bouger. Et au milieu de tout ça, une question très simple apparaît : quelle est ma place ?

Cette idée d’agilité individuelle m’a semblé juste parce qu’elle déplace le regard. Avec l’IA, il ne s’agit plus seulement de transformer des organisations ou des équipes. Il s’agit aussi de comprendre comment chaque personne traverse ces changements : dans son métier, ses repères, ses compétences, sa manière de décider et d’agir dans l’incertitude.

Retrouver sa place ne sera peut-être pas seulement une question d’outils ou de compétences techniques. Ce sera aussi une question plus intime : comment je me situe, moi, dans ce monde qui change ?

La roadmap, cette histoire rassurante

Dans ce monde qui accélère, certaines habitudes rassurantes perdent leur sens.

La roadmap, par exemple.

Frédéric Leguédois l’a rappelé : dans un monde imprévisible, elle raconte une histoire rassurante, mais fausse. Parce qu’elle laisse croire qu’on sait déjà. Alors qu’en réalité, on apprend en avançant.

Cette phrase est restée avec moi.

La roadmap rassure parce qu’elle donne une impression de maîtrise. Elle pose des jalons, des dates, une direction. Elle permet de croire que le futur est suffisamment stable pour être découpé proprement à l’avance.

Mais avec l’IA, cette stabilité devient de plus en plus fragile. Les outils évoluent vite. Les usages changent vite. Les repères professionnels se déplacent vite. Ce que l’on pense savoir aujourd’hui peut être remis en question très rapidement.

Alors peut-être que l’enjeu n’est pas de prétendre savoir exactement où nous serons dans trois semaines, un mois ou six mois.

Peut-être que l’enjeu est plus simple. Et plus difficile aussi.

Regarder ce qu’on est capable de faire aujourd’hui. Vraiment aujourd’hui. Puis ajuster. Demain est un autre jour.

Ce que je garde de cette journée

Je repars d’Agile Tour Strasbourg. avec cette idée simple : l’IA ne transforme pas seulement nos façons de produire. Elle vient toucher quelque chose de beaucoup plus intime : notre rapport à l’apprentissage, à la valeur, au travail, à notre propre place.

Elle nous amène à regarder ce qui se transforme. Ce que nous déléguons. Ce que nous continuons à vouloir comprendre. Ce que nous faisons du temps gagné. Et ce que cela change dans nos liens, nos décisions, nos manières de travailler.

Pas pour refuser les outils. Pas pour rester figés. Pas pour tout maîtriser. Mais pour continuer à choisir notre manière d’avancer avec ces transformations.

Choisir où nous mettons notre attention. Choisir les espaces dont nous avons besoin pour apprendre, discuter, ajuster, respirer.

Parce qu’on peut sprinter. Bien sûr. Mais on ne peut pas sprinter constamment.

Dans un monde qui accélère, rester humain, ce n’est peut-être pas ralentir partout. C’est aussi créer des espaces pour reprendre notre souffle, regarder ce qui bouge, et repartir plus consciemment.

Merci

Merci aux organisatrices et organisateurs d’Agile Tour Strasbourg. pour l’accueil, l’énergie et la confiance.

Merci aux speakers qui m’ont inspirée tout au long de cette journée : Estelle Landry, Véronique Messager, Édouard Mangel, Xavier Gorse et Frédéric Leguédois.

Merci aussi aux personnes avec qui j’ai échangé pendant la journée. Certaines conversations, parfois courtes, parfois plus longues, continuent de nourrir ma réflexion sur l’impact humain de l’IA et sur nos manières de travailler.

Et un immense merci aux participantes et participants de ma conférence. Vous étiez nombreux, bien plus que ce que j’imaginais. Vos retours m’ont touchée. Ils me montrent que ce sujet résonne, et ils vont m’aider à faire évoluer cette conférence, à l’affiner, à la rendre encore plus juste.

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